“Au-delà du business, la résidence Molinari répond à un besoin social”

Apporter une solution concrète aux besoins de nos sociétés… C’est le cas de Xavier Molinari, qui depuis douze ans est propriétaire et gestionnaire d’une résidence services pour les seniors dans le village où il vit, en Champagne. Commercial à Antibes, puis missionnaire pendant 11 ans auprès de Jeunesse en Mission France, œuvre avec laquelle il a travaillé comme directeur de centre et membre de l’équipe de direction nationale, il a été aussi le cofondateur de la première plateforme de financement participatif protestante en France, Multiplee (aujourd’hui fermée). Marié et papa de deux filles, Xavier porte un enseignement auprès des chrétiens sur la thématique des finances et du royaume de Dieu. Pour Impulsion, il nous explique son parcours d’entrepreneur et les clés qui lui ont permis de mettre en place cette résidence. (Temps de lecture estimée: 5 minutes)

 

 

Comment est venue l’idée de créer une résidence services ?

A la base, je ne cherchais pas un business mais un appartement pour mon frère qui est handicapé mental. Il a vécu une grande partie de sa vie dans des foyers et travaillait dans un CAT pour handicapés. En le voyant vieillir, je réfléchissais à avoir un appart sous la main pour pouvoir le loger si jamais il arrivait quelque chose à ma mère. C’est elle qui s’en occupe toujours aujourd’hui, à 82 ans.

J’en parle à un ami, entrepreneur dans l’immobilier. Il avait créé un Ehpad dans le village où je suis. « T’as pas un appart à me vendre ? » « Je n’en ai pas un, j’en ai onze, me répond-t-il. Et tu devrais racheter cet immeuble ! » L’immeuble en question appartenait à la maison de retraite. Il y avait créé des mini appartements du studio au T2, en vue de faire une résidence services pour les personnes âgées qui sont encore autonomes et avides de liberté. L’idée vient de lui. « Tu devrais faire ça ! Tu rachètes l’immeuble, tu fais une résidence services et tu le loues à des personnes âgées qui ne veulent pas être en maison de retraite et qui auront des services à domicile. »

Concrètement, quelle est l’idée ?

Il y a pleins de gens qui ne veulent plus être chez eux pour X raisons. Ils ne souhaitent pas être en maison de retraite car ils sont valides, même si cette validité peut décroitre avec le temps. Qu’est-ce qu’il y entre les deux ? Les résidences services. L’un des critères majeurs, c’est l’emplacement. Ici, autour de la résidence Molinari, on a tout sous la main. Et quand je dis tout, c’est tout : pharmacie, médecin, kiné, dentiste, podologue, infirmier, boucherie, boulangerie, la poste, le train qui va à Paris, cycles, coiffeur, bar-tabac, supérette. Les deux axes de la résidence, c’est  de rapprocher les parents des enfants et de permettre à certaines personnes d’avoir un meilleur confort et des services: appartement de plain-pied, salle de bains adaptée, ascenseur, centre-ville. 

Quelle a été votre réaction après que votre ami vous ait présenté cette idée ?

Je n’ai jamais rien fait avec les personnes âgées, ce n’est pas mon métier, je n’y connaissais rien et je n’avais jamais pensé à faire cela!  Tout débute avec l’idée de loger mon frère… Et voilà que j’en ai une autre devant moi ! Mais la conviction de le faire était extrêmement forte. J’ai compris que cette action ne venait pas de moi mais de Dieu. A partir de ce moment-là, je me suis mis en branle pour étudier le dossier, la faisabilité, etc. J’ai travaillé dessus, j’ai consulté un comptable, j’ai fait le plan de trésorerie, j’ai regardé ce que ça allait coûter, l’achat, les travaux, les plans de sortie, j’ai calculé le prix du loyer… De ça est sorti un dossier que j’ai présenté aux banques avec qui j’ai monté un projet. De manière tout à fait involontaire, j’ai fait le choix de ne pas créer de société et d’acheter en nom propre. C’était exactement ce qu’il fallait faire, je l’ai appris plus tard.

Pourquoi ?

J’ai su plus tard que si j’étais en société, le conseil régional ne m’aurait pas autorisé à ouvrir. La résidence est située dans le bas de l’Aisne. Or le nord est très bien pourvu en lits médicalisés que la collectivité n’arrive pas à remplir, le nord c’est leur axe de développement. Ils m’ont aussi dit que je devais faire l’impasse sur les agréments.  Je suis donc un propriétaire foncier qui loue un appartement avec un bail et j’organise des services à domicile qui sont externalisés (courses, aide à domicile, ménage,…). Le résultat : ce sont des loyers moins chers. Mes tarifs vont de 460 euros jusqu’à 670 euros HC pour le plus grand des deux-pièces. Les résidents peuvent recevoir les aides au logement ou les allocations personnalisées d’autonomie (Apa). Pour n’importe quelle résidence seniors, le tarif se situe entre 1300-2000 euros par mois. La différence avec la mienne, c’est qu’il y a un restaurant et du personnel. Moi je n’ai aucun personnel.

Ces tarifs répondent à un besoin social…

Après douze ans d’histoire, je me rends compte de la force du concept. Nombreuses sont les personnes socialement sur le carreau et qui ne trouvent rien. C’est la vérité. Même moi qui suis le moins cher, il y a des dossiers que je ne peux pas prendre. C’est un vrai problème. D’ailleurs, il y a un  second « effet kiss cool » à ne pas être sous le statut de société. La loi impose de ne pas prendre des gens en résidence-service avant 60 ans. Mais quand vous avez 50 ans et que vous avez un problème, vous allez où ? Je suis sollicité par des gens qui ne trouvent nulle part où aller. Je vois au quotidien des exemples de la détresse autour de nous. Une de mes résidentes est une personne de 50 ans. Elle est comme madame-tout-le-monde, elle a fait sa vie, eut des enfants. Mais il y a eu un crash dans sa vie que je ne saurais expliquer et aujourd’hui, elle est sous tutelle et très dépendante de tout ce qu’on a mis en place. Au fil du temps, je m’aperçois qu’au-delà du business, cette résidence répond à un besoin social, c’est une évidence. Et je pense que cette initiative pourrait se démultiplier ailleurs dans des lieux favorables, avec des gens qui le peuvent.

Comment résumeriez-vous votre expérience ?

Au départ, il y a l’impulsion donnée par Dieu, cette conviction surnaturelle de le faire alors que je ne le voulais pas.  Ensuite, j’ai travaillé et j’ai monté le projet pour voir si c’était faisable et si c’était viable. C’était le cas, avec certaine restrictions, car pour la petite histoire je ne touche pas de salaire et c’est un investissement à long terme (je crée de la richesse par l’amortissement du foncier, il faut du temps et pouvoir faire cela). Puis, il faut coller au marché avec des prises de risque, à savoir pour mon cas, louer. La plus grande prise de risque, c’est de partir de zéro. Ce qui m’a permis de monter le projet, c’est peut-être le deal que j’avais avec le futur acquéreur de la maison de retraite d’à-côté qui m’a loué pendant 12 mois les appartements par convention, le temps des travaux qu’il menait. Durant ce temps-là, j’ai créé le site web, j’ai démarché et je me suis fait connaître.

Pour les chrétiens, ce qu’il faut tirer de mon expérience, c’est que Dieu peut prendre un profil et lui proposer un  projet qu’il n’a jamais eu envie de faire. Suivre les pas de Dieu est plus intelligent que les siens. 

Ce concept n’existe pas dans certaines cultures (Afrique par exemple) et je pense qu’il peut y avoir là un vrai développement de ces structures, ce qui créera de l’emploi et apportera un service aux familles qui doivent prendre soin de leurs aînés chez eux. J’ai partagé cette idée avec un radiologue du Bénin qui trouvait l’idée extraordinaire et qui selon lui pourrait apporter un vrai plus aux aînés et aux familles.

Pour faire cela, il faut que des entrepreneurs se lèvent !

Proverbes 16 : 9 :  Le cœur de l’homme médite sa voie, Mais c’est l’Eternel qui dirige ses pas.

http://www.residencemolinari.fr/